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Que deviennent-ils ? Portrait de Gérard DANY, ancien arbitre Fédéral 3 (2011/2013)

Il est à ce jour le dernier arbitre corse à avoir tenu le sifflet sur les terrains de National. A 37 ans, Gérard Dany continue d’assouvir sa passion de l’arbitrage.

 

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Gérard Dany (au premier plan) - Source photo : www.alta-frequenza.corsica

 

Alors qu’il évolue en catégorie « pupilles » à l’AC. Ajaccio – « qui n’était alors qu’un petit club régional » - Gérard Dany s’essaye au sifflet lors de rencontres de débutants. Il n’a que neuf ans mais tape déjà dans l’œil des commissions d’arbitrage. « Madame Marie-Claude Legrand Dabard, membre de la commission régionale d’arbitrage m’a repéré. Il semblait que j’étais plus doué que balle au pied ».

 

En 1992, Gérard Dany est reçu à l’examen d’entrée en tant qu’arbitre. « Le début d’une magnifique aventure humaine toujours en cours ». Onze ans après ses débuts, le voilà aux portes de la Fédération après avoir obtenu le droit de diriger des rencontres de CFA2. Cinq ans auparavant, ses yeux brillaient déjà lorsqu’il eut le bonheur de fouler la pelouse du stade Vélodrome en lever de rideau de Brésil/Norvège à l’occasion de la Coupe du Monde 1998. « Un moment gravé dans ma mémoire à jamais ». Le 10 août 2003, Gérard Dany fait ses débuts en CFA2 lors de Oissel/Cambrai. L’arbitre insulaire va devoir patienter longtemps avant de pouvoir découvrir le championnat de National.

 

« Quel arbitre n’a jamais rêvé de connaître la Ligue 1 ? »

 

A l’été 2011, c’est chose faite. « La concrétisation d'efforts. Cette catégorie (F3) m'échappait depuis quelques saisons et je commençais à végéter en CFA, alors cette première en National était magnifique », explique l’intéressé qui débute la saison avec un Fréjus/Nîmes. « De plus cette rencontre avait des allures d'affiche pour cette première journée. Je me souviens de l'excitation dès la connaissance de ma désignation jusqu'au premier coup de sifflet, de la préparation de la rencontre que j'avais voulu très "pro" et aussi des enseignements que j'en avais tirés, à savoir que cette catégorie était beaucoup plus exigeante que celle dans laquelle j'évoluais depuis cinq ans ». Une semaine plus tard, le voilà désigné en qualité de quatrième arbitre pour son premier match de Ligue 1 en compagnie de Stéphane Lannoy lors de Nice/Lyon. « On touche du doigt son rêve. Quel arbitre n'a jamais, même secrètement, rêver de connaître la Ligue 1 ? Pour ma part je n'aurai connu que les bancs de ce championnat mais cela reste des grands moments, on connaît enfin l'envers du décor, et c'est franchement quelque chose d'énorme de faire partie de ce grand barnum. Pour cette première, j'avais invité ma mère, qui m'avait "trimballé" sur tous les terrains de Corse quand j'étais encore mineur, et mon beau père. C'est l'unique fois où je me suis permis cela. Un grand moment dans le mythique stade du Ray ».

 

Saison 2010/2011 - 6ème tour de coupe de France - SC. BASTIA/CA. BASTIA

 

 

« Furiani ce soir-là, était le chaudron que j’avais adoré comme spectateur »

 

Autre rendez-vous mémorable, ce 6ème tour de coupe de France dans l’antre de Furiani où le Sporting Club de Bastia reçoit le CA. Bastia le 30 octobre 2010. Gérard Dany en conserve un souvenir marquant : « ce match restera comme un des grands moments de ma carrière ». A tel point que les deux clubs bastiais avaient sollicité un arbitre Fédéral. « En coulisse, et bien avant la rencontre, il y avait déjà beaucoup de tension. Les clubs ont contacté la DNA (Direction Nationale de l’arbitrage) de l'époque pour qu'il envoie un arbitre Fédéral alors que nous n'étions qu'au 6e tour. Puis ils ont fait machine arrière lorsque ce dernier, qui avait compris que ce match dépassait le cadre du football a proposé d'envoyer un trio fédéral à leur frais », raconte Gérard Dany qui se souvient de l’ambiance dans le stade : « Furiani ce soir-là, était le chaudron que j'avais adoré comme spectateur...vu du centre des débats c'était impressionnant. Je passe sur les nombreux coups de téléphones reçus de part et d'autre avant la rencontre pour me dire à quel point on m'appréciait contrairement à ceux du club adverse, sur les désistements de nombres d'assistants désignés...qui ont encore rajouté au côté exceptionnel de cette rencontre. Je n'ai jamais plus dirigé un match où la tension était aussi palpable ».

Après plus de 350 matchs environ à l’échelon national, Gérard Dany a décidé, en mai dernier, de mettre un terme à sa carrière fédérale. Pour son « jubilé », Gérard Dany avait choisi l’Alsace comme destination et plus précisément l’Alsace Bossue et le club de Sarre-Union qui accueillait Lunéville le 20 mai dernier. « La Direction Technique de l’arbitrage m’a permis de finir où je voulais. J'ai donc pu avoir une fin de carrière qui me ressemblait, sérieuse mais conviviale. Une semaine avant j'étais dans le Nord pour tourner avec deux assistants avec qui j'avais eu un très bon feeling et avec qui j'avais passé de bons moments lors de matchs précédents, à savoir Jérémy Denoyelle et Kévin Six », explique l’intéressé. Éric Castellani, ancien arbitre assistant international connait bien Gérard Dany. « C’est quelqu’un d’authentique, franc, intelligent, fidèle, avec de l’humour. Un bon vrai corse dans toute sa noblesse. Un homme, un vrai ! »

 

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De gauche à droite : Sébastien Babula, Gérard Dany et Emmanuel Coria lors de Sarre-Union/Lunéville le 20 mai 2017 (crédit photo : Laurent Claude)

 

« L’Alsace, une région qui m’a beaucoup marqué par sa beauté mais aussi son caractère et son identité »

 

Pourquoi avoir souhaité terminer sa carrière en Alsace ? « Le choix de l'Alsace pour plusieurs raisons : c'est une région qui m'a beaucoup marqué par sa beauté mais aussi par son caractère et son identité, j'y compte des amitiés fortes nouées grâce à l'arbitrage. Sur cette rencontre je savais que c'était le dernier match d'Emmanuel Coria, ancien Assistant F3. J'ai donc pu me greffer à son jubilé et compléter l'équipe par un autre ancien assistant F3 à savoir Sébastien Babula. C'est ainsi que j'ai bouclé ma carrière fédérale, entouré de deux Amis, dans la joie des festivités organisées par les collègues alsaciens et l'amitié. Avec le peu de recul que j'ai, c'était vraiment un bon choix ». Gérard Dany n’a pas complètement refermé le livre de l’arbitrage depuis. Observateur dans la catégorie JAF (Jeune arbitre de la Fédération), responsable de la formation, responsable des observateurs et en charge de la désignation des jeunes arbitres en CRA (Commission Régionale d’arbitrage) en Ligue de Corse, Gérard Dany a souhaité s’investir pour « servir de locomotive pour les jeunes, essayer de les faire progresser et de leur faire atteindre un niveau encore plus élevé que celui que j’ai connu ». Les exemples de réussites ont fait leur chemin depuis plusieurs années avec les promotions en Ligue 1 de Julien Pacelli et de Yannick Boutry. « C’est une immense fierté et une belle reconnaissance pour le travail effectué. Par contre nous sommes en période de disette au niveau des centraux puisque nous ne sommes plus représentés en fédération. Nous n'avons pas su préparer la relève de cet effectif qui a fondu en trois saisons. Mais nous travaillons d'arrache-pied et les premiers résultats sont encourageants puisque nous avons eu le premier candidat JAF insulaire reçu à l'examen théorique avec une belle 4e place sur 78 candidats, ainsi que le premier candidat Futsal à être reçu à l'examen alors que c'était notre première participation ».

 

Chroniqueur sur Radio Alta Fréquenza

 

Pendant deux ans, l’homme en noir a également connu une activité médiatique en participant à l’émission hebdomadaire « C’est le foot » sur la radio Alta Fréquenza. « L’émission consistait à annoncer les rencontres du week-end suivant, des clubs professionnels et amateurs corses. En dehors du petit jeu de pronostics, c'était aussi l'occasion d'apporter mon regard d'amateur de football mais avec l'angle de vue de l'arbitre. Il ne s'agissait pas de débriefer les prestations des collègues, ce qui ne m'aurait pas intéressé du tout, mais au contraire d'analyser le comportement des clubs insulaires dans leurs championnats respectifs avec un œil peut-être moins passionné que mes collègues sur le plateau. J'ai stoppé l'aventure la saison dernière car je suis devenu membre de la Commission de Discipline et cette fonction impose un certain devoir de réserve ».

 

« La Corse est ma seconde mère »

 

Gérard Dany, parallèlement à ses fonctions en CRA continue d’arpenter les terrains d’une région qu’il aime profondément. « Ma passion première, c'est mon pays. La Corse est ma seconde mère et tout ce qui s'y rattache est forcément passionnant. J'aime arpenter ses chemins séculaires dans les montagnes lors de randonnées, pouvoir flâner sur les bords d'une de ses rivières ou sur l'une de ses plages. J'aime son histoire exceptionnellement riche, sa culture et son peuple, souvent décrié, pas toujours à tort d'ailleurs, mais foncièrement authentique. Enfin j'aime apprendre, beaucoup, et transmettre, énormément ».

 

Il y a quelques semaines, Gérard Dany retrouvait l’atmosphère passionnante des stades insulaires à l’occasion de la rencontre comptant pour le 6ème tour entre Furiani Agliani et le Sporting Club de Bastia. « Quand on pense qu'il y a quelques saisons de cela nous avions deux clubs en L1 et deux autres en L2, pour une île d'à peine plus de 300 000 habitants qui abrite la plus petite ligue de la fédération. Être représenté au plus haut niveau du football pour nous, c'est un miracle permanent ».

 

Qui êtes-vous Gérard DANY ?

 

Nom : DANY

Prénom : Gérard

Date et lieu de naissance : 10 octobre 1980 à Grosseto Prugna

Profession : instructeur certifié en sureté aéroportuaire

Clubs : Tout ce qui porte une tête de maure sur la poitrine !

Débuts dans l'arbitrage en 1992

Parcours FFF : Fédéral 5 pendant trois ans, neuf ans Fédéral 4 en tout et deux saisons en tant qu'arbitre Fédéral 3

Nombre de matchs FFF : environ 350

Une référence en matière d'arbitrage : Michel Vautrot est incontournable, Gilles Veissière pour être un peu contemporain, Pierluigi Collina. Pour les générations actuelles, j'aime beaucoup Cuneyt Cakir et Bjorn Kuipers

 

Le ou les plus grands joueurs que vous avez croisés : ma longévité fédérale m'a permis d'aborder de grands noms du football, encore méconnus à l'époque de leurs premiers pas en CFA comme Benzema, Ben Arfa ou bien des anciens comme Caçapa, Eric Carrière ou Pierre Alain Frau. Le coté insulaire m'a permis de diriger des rencontres amicales où évoluaient des joueurs  Essien ou Mutu. Enfin, j'ai eu la chance de participer pendant 10 ans au Mondial Minimes de Montaigu et là encore les exemples ne manquent pas comme Coman ou Renato Sanchez. J'ai pu aussi approcher de grands noms sur les bancs comme Deschamps, Papin, Ancelotti ou Ranieri.

 

Les entraîneurs les plus "casse-pied" : J'ai été énormément déçu par les comportements de grands noms comme Deschamps ou Papin, des personnes qu'on a pu admirer sur les terrains mais qui se révèlent en dessous de tout lorsqu'on est amené à les côtoyer sur les bancs. Le plus volubile que j'ai croisé est Michel Der Zakarian mais c'est un passionné et il a en fait beaucoup de mal à se contenir sans pour autant véritablement aborder un mauvais fond. Il y a aussi les entraineurs qui ne "s'emballent" pas pour rien à l'image d'un Frédéric Antonetti ou Christophe Galtier. Non seulement il faut les calmer sur l'instant mais tu sais au fond de toi que l'arbitrage ne doit pas être irréprochable pour qu'ils dégoupillent. Mais pour répondre à la question initiale je pense que René Girard est de loin le plus difficile à gérer, c'est une mentalité particulière.

 

Le dirigeant, joueur ou entraîneur que vous aimeriez revoir : Celui qui m'a le plus marqué, comme joueur et comme homme, c'est Eric Carrière. Un vrai pro, un exemple d'intégrité et de savoir être. Rarement vu sur un terrain. En coach je me souviens de Franck Priou comme d'un homme franc et direct mais avec qui on pouvait échanger. Il n'a jamais fini à onze lorsque j'arbitrais une de ces équipes, et Dieu sait que je l'ai arbitré souvent alors qu'il dirigeait Gap, Martigues ou Fréjus. On finissait même par en rire. Je me souviens également de Ghislain Printant, un Monsieur au niveau humain comme dans sa connaissance du football

 

Un stade : le stade Félix Bollaert, c'est impressionnant ! 

 

Votre meilleur souvenir : Ma réussite à l'examen de District en 1992, début d'une magnifique aventure humaine toujours en cours.

 

Lionel SCHNEIDER



23/01/2018
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