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La face cachée de l'arbitrage français

Quatre ans après l'arrivée de Pascal Garibian à la Direction Technique de l'arbitrage, le chantier de l'arbitrage français reste colossal.

 

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Pascal Garibian (source photo : www.sports.fr)

 

L'été fût mouvementé chez les arbitres. Pas une nouveauté. Comme chaque année, la Commission Fédérale d'arbitrage (CFA) remet à jour les listes d'observateurs. La catégorie des contrôleurs évoluant en Ligue 1 a connu quelques changements. Philippe Kalt et Philippe Malige n'ont pas été reconduits dans leurs fonctions. L'ancien arbitre alsacien observait en Ligue 1 depuis deux ans. Celui-ci a appris son éviction en consultant un procès-verbal de la commission fédérale d'arbitrage. Kalt a pris le temps d'écrire à Noël Le Graët, le président de la FFF, afin de l'informer sur le mode de fonctionnement de l'équipe actuelle. Philippe Malige, non plus n'a pas été prévenu de vive voix qu'il ne ferait plus partie du groupe des observateurs Fédéraux 1. Un simple courrier lui a été adressé. Dans un communiqué qu'il a fait paraître sur son compte Facebook, Malige en a profité pour dénoncer le système actuel avec à sa tête un « dictateur national de l'arbitrage ». Autre nouveauté, qui s'apparente à une petite révolution, les arbitres de Ligue 1 ne seront plus systématiquement évalués lors de chaque rencontre. Lors du stage des arbitres et observateurs de Ligue 1, Garibian a justifié ce changement en évoquant « des mesures d'économies ». Un observateur évoque « des dysfonctionnements et un manque criant de reconnaissance à l'égard de la fonction. La DTA fait la pluie et le beau temps concernant l'évaluation des arbitres. Nous ne servons plus à grand-chose. On ne nous rembourse même pas les frais de péage... ». Il ne pourra pas en dire davantage, occupant des fonctions à responsabilités dans le milieu de l'arbitrage. La gestion entourant la préparation physique fait toujours parler. Les arbitres n’arrivent pas sur les stades de Ligue 1 le week-end en pleine possession de leurs moyens, devant parfois subir une séance intensive la veille de match. Les désignations posent également certaines questions. Comment Benoit Bastien a-t-il pu diriger deux fois consécutivement Dijon lors de ses deux premiers matchs cette saison ? L'arbitre vosgien avait été en difficulté sur le match entre les bourguignons et les stéphanois au cours duquel il avait accordé un pénalty très contesté par les dijonnais.

 

Relations tendues à la DTA

 

Dans le microcosme de l'arbitrage, une arrivée a surpris : celle de Stéphane Lannoy. Fraîchement retraité des terrains, le nordiste, qui a notamment dirigé une 1/2 finale de championnat d'Europe il y a cinq ans (Allemagne/Italie) a eu droit à un strapontin en intégrant un panel d'observateurs chargés d'aller conseiller à titre pédagogique les arbitres en Ligue 1, Ligue 2 et National. La CFA a préféré proposer la candidature de Fredy Fautrel au titre d'observateur à l'UEFA qui a été acceptée. Après la fin de carrière d'observateur de Michel Vautrot (atteint par la limite d'âge), le contingent des observateurs français à l'UEFA est composé de Pascal Garibian, Bertrand Layec, Laurent Duhamel, Hervé Piccirillo et Fredy Fautrel donc. Aucun d'entre-eux n'a été en Coupe du Monde ni en Championnat d'Europe et n'a jamais été présent dans le dernier carré de la Ligue des Champions. Alain Sars, Claude Colombo ou encore Eric Poulat auraient le profil. Toujours en conflit avec la FFF suite à sa suspension (d'un mois ferme) après l'interview accordée à Pierre Ménès en mai 2015, Lannoy a également été nommé à la vice-présidence de la section formation, recrutement, fidélisation et promotion de la diversité. « Ces nominations ont été décidées sans concertation avec l'intéressé », note un proche du dossier. Les relations entre les techniciens de la DTA sont tendues. « Ils se parlent à peine et arrivent à se contredire en stage », rapporte un arbitre évoluant en Ligue 1. Pascal Garibian ne se sait pas menacé suite à la réélection de Noël Le Graët mais certains se verraient bien lui succéder dans un avenir proche comme Laurent Duhamel, actuel manager des arbitres de Ligue 1. La légitimité de l'ancien sifflet normand est bien plus grande que celle de Garibian. Bertrand Layec, manager général de la DTA n'a pas apprécié la façon dont les affectations d'arbitres ont été effectuées en fin de saison dernière. Ainsi, Florent Batta devait être promu en Ligue 1 mais l'organe politique de l'arbitrage français en a décidé autrement, préférant faire remonter Stéphane Jochem une troisième fois en Ligue 1 depuis 2013. Avec la prestation de l'arbitre marseillais lors de Lens/Lorient récemment, il valait mieux.

 

Désormais aussi, les équipes arbitrales sont composées par la DTA qui a par exemple imposé un assistant attitré à Jérôme Brisard, en Ligue 1 depuis quelques mois. Les petits arrangements entre amis sont toujours d'actualité à l'image de la désignation de l'arbitre de la finale de la coupe Gambardella la saison passée. Ce dernier savait depuis plusieurs mois qu'il dirigerait la finale. Quid de la performance ? « On a beaucoup tapé sur Batta mais l'équipe actuellement aux affaires fait très fort. C'est puissance 10 en terme de copinage et de clientélisme par rapport à la direction précédente », constate cet ancien arbitre de Ligue 1 retiré des terrains. En coulisses, il se dit que Patrick Lhermite fait la pluie et le beau temps, le président de la CFA étant relégué au second plan. Ce dernier souhaitait intégrer la commission d'arbitrage de l'UEFA mais a vu sa candidature ne pas être retenue, l'instance européenne lui ayant préféré un dirigeant portugais. La fronde pourrait venir de Saïd Ennjimi, qui a raccroché le sifflet en mai dernier. Élu à la présidence de la Ligue Nouvelle-Aquitaine, le limougeaud a fait ses débuts sur L’Équipe 21. Son arrivée dans les médias pourrait fragiliser le binôme Borghini-Garibian dans les années à venir.

 

Bastien futur numéro 1 ?

 

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Benoit Bastien (source photo : www.ogcnice.com)

 

A quelques semaines de la parution de la liste des arbitres pour le Mondial en Russie, la maison DTA pourrait encore être secouée. Car la sélection de Turpin en tant qu'arbitre titulaire relève du miracle au regard de ses performances et des présélectionnés. L'arbitre bourguignon n'a participé à la coupe des Confédérations qu'en qualité d'arbitre vidéo. Absent au Mondial U20 qui réunissait la crème de l'arbitrage européen, Turpin se console avec le Mondial U17 en Inde qui a lieu actuellement, compétition sur laquelle ne sera pas expérimentée l'assistance vidéo. En attendant, Benoit Bastien, qui a quitté ses fonctions de conseiller technique régional en arbitrage de la Ligue du Grand-Est, tape à la porte du groupe élite qu'il devrait intégrer bientôt. Après un championnat d'Europe espoirs réussi en juin dernier, le vosgien doit désormais s'imposer pour espérer devenir le vrai numéro 1 de l'arbitrage français. Celui qui lui fait défaut depuis trop longtemps. Car hormis Bastien, on ne voit pas vraiment qui pourrait venir inquiéter Turpin, surprotégé par le système. Ruddy Buquet, qu'il aurait fallu mettre en avant avec la fin de carrière de Stéphane Lannoy, n'a pas été récompensé. Si beaucoup reconnaissent volontiers la supériorité de l'arbitre picard, certains, comme cet ancien arbitre de Ligue 1 regrette ce côté trop réservé. « Il n'a pas suffisamment réussi à se vendre en dehors des terrains ». Concurrent direct de Turpin, Buquet ne refuse pourtant pas de l'accompagner en tant que quatrième arbitre ou additionnel lors des sorties internationales. « C'est un peu comme si Colombo avait été le quatrième arbitre de Veissière. Ce n'est juste pas possible», ajoute l'ancien homme en noir. Les temps ont changé depuis.

 

Lionel SCHNEIDER



11/10/2017
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